Et si le maître n’était pas celui qui sait ?

Entre un maître et un élève, il peut se passer bien des choses, des plus merveilleuses aux plus désastreuses. Ménager les unes en s’efforçant d’éviter les autres : tel est le défi que se lance l’OUPS, dans l’idée d’épargner à ceux qui fréquentent l’École maints tourments inutiles.

Dans l’apprentissage, la frustration est pour le maître comme pour l’élève inévitable – nécessaire même, pour avancer. Il faut la distinguer du malheur scolaire, ce cortège de chagrins et de désespoirs tout à fait évitable, lui… mais comment ? Pour s’en libérer, l’OUPS choisit d’attaquer cette évidence trompeuse : « Le maître est celui qui sait ».

Selon ce fâcheux principe, un maître s’impose avec son savoir (et craint de ne pas être à la hauteur) face à un élève ignorant (qui craint… de ne pas être à la hauteur). La peur fait marcher le business. On vend aux profs formation continue, innovation pédagogique, numérique et neurosciences. On vend aux élèves (ou à leurs parents) prépas, cursus professionnalisants, stages à l’étranger et cours à domicile. Que de grisbi dépensé en salons du master, de l’alternance, du post-bac, du pré-bac… – où nous déambulons, foules hagardes, en quête de la meilleure offre.

L’OUPS défend une autre pédagogie : ce que le maître doit maîtriser pour le bonheur scolaire de tous, ce n’est pas le savoir mais les conditions pour que, d’où que ce savoir vienne, l’élève s’en empare et s’émancipe grâce à lui. La responsabilité du maître, c’est de garantir le cadre adéquat pour que l’élève éprouve ses forces, avant de les exercer ailleurs.

Ce changement de point de vue a produit dans ma pratique d’enseignante des évolutions dont je voudrais partager les bénéfices. Mes propos viennent d’une expérience, celle d’une « prof de français » à l’université, avec les limites de cette position-là. Que chacun les adapte, les élargisse, les conteste en fonction de son expérience propre : je, celle que mes étudiants appellent « Madame », ne détiens pas plus LE savoir que vous.