Salon Livre Paris : qui bousille la syntaxe ?

On se désespère, entre adultes : « Les jeunes ne savent plus faire de phrases ! ». Bon. Mais si on s’attaquait aux causes ? Parmi elles figure en bonne place la soupe linguistique où nous pataugeons tous. 16 mars 2019 : le Salon du livre de Paris bat son plein… que dis-je, le Salon Livre Paris.

Eh ben voilà ! C’est pas si compliqué ! « De », « le », à quoi ça sert ? Ces jolies petites articulations, ces délicates rotules, à la poubelle ! Le marketing a bien raison : pourquoi perdre son temps avec ces trucs pointus qu’on pourrait avaler de travers ? Mieux vaut un mot à côté d’un autre, une compacte bouillie.

Salon Livre Paris. La formule n’indique pas que quelque chose se passe quelque part : c’est une marque. On nous fait le même coup sans arrêt : idem par exemple avec Pôle Emploi, qui a remplacé une agence pour l’emploi. Ça pullule, si vous regardez bien.

« Ils ne savent plus faire des phrases ». Quand je tape sur Internet (ha ha : Internet, ou le net ? Vous voyez : partout !), la machine me définit immédiatement la syntaxe comme suit : « Relations qui existent entre les unités linguistiques. Exemple : la syntaxe d’une phrase ». Pas besoin de chercher plus loin : la syntaxe, c’est la relation, c’est le jeu, c’est l’espace de la pensée… La syntaxe, il faudrait aussi se demander qui a intérêt à la bousiller.

Déplier ces enjeux devant nos jeunes grammaticalement démunis permet de jouer sur plusieurs tableaux : les faire réfléchir sur leurs façons de dire, leur donner des clés pour lire le monde, leur donner envie d’exercer leur liberté – et bien d’autres choses, et cætera.