My name is Bond, James Bond – ou sortir de l’école

Automne. Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs, et les élèves aussi – notamment en soutenance : « Bonjour, je m’appelle Duchemolle Claude », lancent-ils hardiment… Le patronyme seul serait présomptueux ; le prénom seul serait enfantin. Mais nom-prénom, franchement… Pourquoi donc sortent-ils de leur licence professionnelle en jugeant normale pareille entrée en matière ?

Parce que la formule servait à leurs profs pour faire l’appel, pardi ! Il fallait y penser : l’écho de l’élève prend le maître au mot. Mais, les mots de l’École ne seraient-ils pas valides comme passeport social ? Oui, seulement à condition d’être mis à leur place. Et seuls ceux qui se trouvent avoir acquis d’autres codes sauront se départir de celui qu’offre le discours scolaire, et faire la part des choses.

Les autres, faute de repères extérieurs, suivront à la lettre les (mal)façons acquises en classe, continuant de faire ce que l’institution a demandé ou toléré qu’ils fassent. À savoir décalquer les mots du prof. Ou encore laisser audit prof toute l’initiative ; ne pas répondre à ses questions ; prévoir qu’il répétera tout dix fois et reculera devant les sanctions ; supposer qu’il récompensera les efforts sans juger le résultat – le kit basique de l’élève, quoi !

Inutile de s’égosiller : si des élèves installés dans ces postures passent sans encombre d’un niveau à l’autre, ils comprendront mal, à bac+3, que leur appétit pour des « postes à responsabilités » fasse sourire. À nous de leur indiquer ce qui les sépare non de notre exigence, mais de leur ambition. À nous de leur montrer tout ensemble la pertinence et les limites de nos prescriptions. Ainsi pourront-ils sortir de l’École et dépouiller cette docilité qui appelle son maître – enjeu de taille pour nos démocraties.

Obvecfion de confianfe : exemplaire avec ou sans les dents ?

Le prof pourvu d’une dentition normale peut mordre. Pour s’en prémunir, fafile : tu lui pètes les dents, et quand il voudra dire « conscience », il sifflera « confiance ». Et hop, voilà l’école de la conscience remplacée par l’école de la confiance ! À moins d’aller se faire retaper le dentier à Budapest (plus abordable), le maître aura du mal à énoncer que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme », mais restera à l’aise pour moduler, comme Kaa, le serpent au regard hypnotique du Livre de la Jungle : « Aie confiance… aie confiance… »

Il y a un bail (2007) que des économistes éclairés ont dénoncé la « société de défiance« . Mais c’est bien une logique de technocrate (ou d’ingénieur ? je sais, je vais pas me faire que des amis…), de prétendre remédier à la défiance en décrétant la confiance. La délicate alchimie dont elle résulte occupe chaque jour des dizaines de milliers de profs, avec tant de succès aussi discrets que miraculeux. Or l’expérience montre que la bonne formule n’est pas à base de sentimentalisme magique (soyez gentil), ni de technicité cognitiviste (titillez le bon neurone). L’injonction, morale ou pseudo-scientifique, est inepte : le prof sait généralement ce qu’il a à faire, et s’il ne sait pas, ni une messe ni trois jours de formation en neurosciences n’y remédieront.

Ingrédient majeur mais trop peu évoqué de la recette : le chef d’établissement, garant du cadre nécessaire à son équipe. Quid de sa formation à lui ? Quid des compétences que désormais on exige de lui ? Quid de ses marges de manœuvre vis-à-vis de sa hiérarchie ? Des chefs d’établissement moins tenus d’être exemplaires soutiendraient mieux des profs libérés eux aussi du souci d’être bons élèves. Quant à l’exemplarité édictée, à la confiance promulguée, impossible de ne pas y objecter, en conscience, quand on a besoin de toutes ses dents face à la réalité.

BTS : impeccable choré ou vaine gesticulation ?

La grande télé murale affichait : « BTS remplit le Stade de France »… ???!!! Là où mon réflexe pavlovien de prof lisait « Brevet de Technicien Supérieur », c’était évidemment autre chose :  » Beyond The Scene » ou, au pays du matin calme, « Bangtan Sonyeondan« , un boys band coréen plastifié, qui fait un carton. Pas totalement déconnectée cependant, j’avais récemment risqué un article, « BTS Style et Gangnam Style« – thèse audacieuse rapprochant le style caractéristique du BTS français et les célébrissimes contorsions du rapeur séoulite PSY. Et l’actualité de la culture mondialisée venait confirmer mes vues !

Pour les novices, deux exemples de prose jugée très « pro » par mes élèves. En entreprise, ils ne saluent pas collègues : ils « réalisent une compétence sociale aux seins [sic – j’adore !] du service ». Ils n’assistent pas à une réunion entre collaborateurs : ils  » mettent en place une activité transversale de communication au sein [ah, le bon sein, toujours…] de l’équipe ».

Point commun entre les 7 mercenaires coréens du BTS et mes étudiants : recherche du geste (choré)graphique, ruée sur le stéréotype, hyper-adaptation à la mode – le tout pour un résultat plutôt déjanté à force de polissage marketing. Certes, mes étudiants ne remplissent pas encore le Stade de France : ils me font rire, et c’est tout. Mais j’ai bien tort. Car ils procèdent ainsi de bonne foi ; et qui les a détrompés (quand on ne les a pas encouragés) ?

Le constat dénonce moins leur incompétence que celle de leurs maîtres dont les grands mots n’ont pallié ni l’inculture, ni l’incurie pédagogique, ni même l’inadéquation opérationnelle. Alors pas de quoi ricaner. Le style ridicule de ces jeunes rédacteurs me fait honte. Honte pour l’institution qui a orienté leurs efforts vers de si contestables conquêtes. Honte pour l’institution qui leur fait honte à eux de ses propres turpitudes.

Poisson, bête à cornes et sargasse : gare aux méthodes !

Poisson d’Ishikawa, bête à cornes, QQOQCP, 5 pourquoi… : la vulgate managériale grouille d’un bestiaire que mes étudiants de licence pro sont censés maîtriser pour bien se vendre en entreprise. Mouais… Ont-ils été formés pour dompter ces fières méthodes d’analyse ?

Comme ces apprentis peinent à valoriser leur expérience de terrain, je leur demande de s’exercer à présenter par écrit une difficulté qu’ils ont rencontrée, « et les causes qui l’ont rendue possible ». Or là, généralement, ils ne voient pas de quoi je parle : ils n’établissent pas de lien entre difficultés rencontrées et conditions de travail – et préfèrent considérer qu’ils n’ont pas de problèmes. Pas de lien non plus entre mon exercice et les sus-mentionnées méthodes – signe assez sûr du modique profit qu’ils en ont tiré…

Arguer que c’est encore « en cours d’acquisition » est une fausse piste : l’appétit de connaître les causes des choses (felix qui potuit rerum cognoscere causas) ne sera pas inculqué ; mais restauré, oui, car chacun l’a eu. Demander « Pourquoi ? » n’est pas une compétence à acquérir avec des méthodes, mais un jeu d’enfant, inlassable, insatiable.

Faute d’avoir assez entretenu cet élan, l’École fabrique des élèves qui paniquent et s’agrippent aux réponses estampillées scolaire : « Madame, c’est une cause à effet que vous voulez, non ? » OK… sans sourciller, je pousse l’enquête : et comment exprimer cette relation ? Les voilà farfouillant dans leur trousse à « connecteurs logiques » pour à la fin en extraire, après un audacieux « cependant » et un hardi « en outre », le triomphal « par conséquence ». Qu’est devenue leur implacable rigueur d’enfant ?

Le style du temps n’aide guère : la tendance est aux « suite à ceci », « suite à cela » – sargasse étouffant la biodiversité logique et lexicale. Alors quand l’École fait à son tour crever la végétation naturelle sous l’inflation méthodologique et pseudo-théorique… Il faut dépolluer, d’urgence, que les fleurs aient une chance de fleurir.

Humanités / Numérique : tirer plus vite que son nombre

Le temps de nos gosses à l’école n’étant pas indéfiniment extensible, on s’écharpe sur les priorités disciplinaires. Une autre question se pose cependant, avant cette controverse : la transformation de l’apprentissage en course contre la montre. Happés par l’accélération numérique, voulons-nous y précipiter les enfants ?

« Mais, direz-vous, que faites-vous de la slow school ?« Ah oui, slow food, slow management, voire slow sex – et slow school, bien sûr. L’école qui respecte « les lois naturelles de l’enfant »… pfff… Mais commençons donc par les lois culturelles de l’adulte. Le maître n’est-il pas déjà colonisé par le global marketing ? N’est-il pas malgré lui (restons optimistes) son promoteur auprès d’élèves encore peu armés pour s’en défendre ?

Attention : pas de malentendu ! L’usage des technologies de l’information dans les études humanistes est plein de vertus, sans conteste. Non, la question est la numérisation des esprits laquelle, à travers le conditionnement du maître, affecte l’élève quand il lui refuse, en particulier, la possibilité d’être lent.

Car les humanités exigent cette lenteur, singulièrement la peu flamboyante mais fondamentale discipline qu’est la rédaction d’un texte. Nombre de mes étudiants pensent l’expression écrite sur le modèle automatisé qu’ils tiennent des outils numériques : cliquer, cocher, compter, quantifier, appliquer. Or mes exercices demandent plus qu’un QCM, des phrases à trous, un choix entre oui et non ou le repérage de mots-clés. Beaucoup décrochent. Perdus face à mes consignes, ils peuvent se sentir trahis, avec quelque raison : on ne les a pas (assez) habitués à penser hors des cases.

Ces jeunes gagneront à bénéficier de quelques lettres avant de manipuler des chiffres. Alors, puisqu’il faut faire vite à l’ère des microprocesseurs, dégainons les humanités plus vite que leur nombre – ou du moins plus tôt. Mesure de protection contre le dogmatisme technologique qui en expose plus d’un au feu du premier fondamentalisme venu.

Ainsi parlait Zarathoustrain, prophète grammatical en voiture 14

« Nous arrivons en gare de Le Mans ». Ainsi parlait Zarathoustrain, mon chef de bord – que j’attrape au vol : serait-il également amateur des rillettes DE LE Mans ? Il ne comprend pas ; qu’est-ce que je lui veux ? Passons. Dans le TGV vers Toulouse… verdammt ! Encore lui : « Nous desservirons la gare de Agen » (cette fois, je n’ai pas pu l’interroger à propos de les pruneaux de le même nom). Alors quoi ? Dieu est mort, tout est permis ?

Pas du tout. Zarathoustrain est un professionnel, dûment formé à la production efficace de messages bien carrés. Après la-gare-de Rennes il y a la-gare-de Le Mans ; avant la-gare-de Toulouse il y a la-gare-de Agen. Plus de contraction, plus d’élision : ce n’est plus un homme qui parle sa langue, mais un robot insensible au fondant des rillettes. Comment pareille mutation sociétale n’affecterait-elle pas la syntaxe de mes étudiants ? Sans entrer dans le détail (contact éditeur bienvenu si intéressé) j’entends, dans leur prose de juxtapositions maladroitement jointives, l’écho de cette langue dénaturée.

La SNCF n’a pas le monopole de ces fourvoiements grammaticaux, dont leurs auteurs se prévalent comme d’un professionnalisme. Pas étonnant dès lors que des jeunes en formation s’y précipitent, croyant prendre le train de la réussite. Il faut les détromper : s’ils ne prennent soin de leur verbe, les postes à responsabilité qu’ils convoitent seront sous leur nez confiés à d’autres que leur milieu d’origine aura, eux, immunisés contre cette contamination de la grammaire par la machine.

« Nous arrivons en gare de Avignon ». Le chef de bord est-il conscient de ce qu’il fait ? Dans La bête humaine, Lantier était au corps-à-corps avec la machine, femme indomptable. Notre Zarathoustrain ne lutte pas : il est devenu la voix machinisée de la machine, à présent qu’il n’est plus machiniste. Mais il n’a pas perdu au change : il est chef.

Marché vs étudiants : cons caducs et cons débutants

L’une des fonctions de l’Université serait de préparer nos jeunes à la vie dite active. Discutable mais bon, soit, je m’y colle – défi digne des beaux diplômes que la République, jadis, m’a délivrés. Professionnalisons !

N’empêche. Le marché persiste dans un même reproche à l’égard de ces postulants : « Pas assez d’expérience ». Ha ha ha ! MDR. Ignorons l’absurdité de la requête, allons à sa malignité : n’ont-ils pas, ces gamins, obéi audit marché ? N’ont-ils pas choisi des formations en alternance, des filières professionnelles et professionnalisantes pilotées par les professionnels de la profession ?

Les voilà paralysés devant l’impossible requête, baratinant désespérément pour « se vendre » – et comme ils n’ont fait ni Sciences Po ni l’ENA, ils s’y prennent souvent mal. Ils appellent au secours pour perfectionner leur baratin et réussir à s’imposer dans ce match truqué entre le con caduc et le con débutant. Hors de question que je cautionne cette mascarade ! Il faut les soutenir face au discours qui les assigne : bien sûr qu’ils en ont, de l’expérience…

C’est là que l’Université peut être elle-même : il lui appartient de cultiver la capacité d’analyse de ces jeunes, afin qu’ils voient la complexité de leur expérience. Car ils ont tendance à la vivre sans se poser de questions ; généralement, ils n’imaginent pas qu’ici, à l’autre bout du couloir, leurs pratiques sont à l’occasion l’objet de discours très sérieux : sociologique, économique, philosophique, et j’en passe.

Vais-je tenter de leur faire avaler des bouts de ce savoir académique ? Que nenni. Estomacs pas (encore) prêts. Mais indiquer qu’il existe et en suggérer le goût, oui, pour témoigner d’un fait : leurs pratiques sont éminemment dignes d’intérêt. A eux dès lors, avec mon aide, de construire leur propre discours sur elles. J’espère ainsi leur avoir tendu un ticket de sortie hors du cercle de la connerie utilitariste, où ils seront toujours perdants.

 

Faire de la pédagogie : sommet de con-descendance

Ça se répand. Dans le sillage du pouvoir, des médias mal nourris aux lettres répercutent le remplacement du pâle « donner des explications » par un chatoyant « faire de la pédagogie ». Habile escamotage. L’annonce était-elle confuse, creuse ou inadéquate ? Que nenni ! Elle a été mal comprise. Aucun défaut, aucune incompétence à l’horizon : la « pédagogie » est l’admirable geste d’une puissance tutélaire, dévouée au soin des malheureux commis à sa garde : ils sont un tantinet débiles, mais – on a potassé sa sociologie – c’est pas de leur faute.

Ah, jupitérienne munificence ! Nul doute qu’elle va, comme dit la chanson , nous prendre par la main pour nous emmener vers demain nous, grands enfants égarés. La pseudo-pédagogie d’une rationalité hautaine nous avance-t-elle plus qu’une démagogie émotionnelle de bas étage ?

Mais n’allons pas croire que cette attitude, déplorable en politique, aurait lieu d’être à l’école. Les petits vers lesquels un adulte doit se pencher ne méritent pas plus une condescendance qui affiche en toutes lettres sa devise : À portée de cons descendre. Connerie serait plutôt de se croire supérieur au motif d’être perché sur une chaire ou une estrade.

Non que je méprise ces commodes élévateurs (mes 155 centimètres les bénissent à l’occasion), et encore moins l’autorité du maître qu’ils peuvent symboliser. L’autorité, justement, permet de prendre de la hauteur sans prendre de haut quiconque.

Faire de la pédagogie est une détestable pratique, et une détestable expression qui dénature ce dont elle paraît parler. Maniée par le maître en politique, la pédagogie devient la pellicule mielleuse dont il enrobe l’inévitable violence du pouvoir. En l’imitant, le maître à l’école réduirait son action à la mise en œuvre d’un rapport de force. Le lien pédagogique n’est certes pas sans violence ; mais l’élève l’acceptera d’autant plus volontiers que le maître, loin de la dissimuler, l’explique et l’assume.

Dire ses qualités : le principe de la reine d’Angleterre

La technique, en dépit de son inanité, a cours encore, semble-t-il, dans les entretiens de recrutement : demander aux candidats de dire leurs 3 principales qualités, et/ou leurs 3 principaux défauts.

Évidemment ils s’y préparent, désormais. Elle est comique, la liste des défauts dont on peut se prévaloir : le perfectionnisme, l’entêtement, la manie du détail… Quant à celle des qualités, elle n’est pas moins attendue : une fois exclues la politesse et la ponctualité (il faut rappeler à nos jeunes innocents que ce sont non des aptitudes professionnelles de haut vol, mais le b-a-ba de la vie sociale), il leur reste quoi ? La rigueur, l’esprit d’équipe, le sens des responsabilités, de l’organisation, du contact… Bon : paroles, paroles, paroles – caramels, bonbons et chocolats : qui accordera crédit a priori à ces allégations ? Il est utile de les détromper, nos jeunes, quand ils pensent crucial d’énoncer ces formules magiques pour convaincre, et qu’ils croient fourbir des armes efficaces en les peaufinant. J’ai développé un petit test à cet effet : « Vous me voyez ? Eh bien je suis la reine d’Angleterre ». Je me régale de leurs mines perplexes, avant d’en venir au fait : « Vous ai-je convaincus que je suis la reine d’Angleterre ? Eh non pardi ! ». Qu’ils sachent que leurs déclarations souvent stéréotypées, parfois grandiloquentes, feront sourire – au mieux.

Ce petit choc suffit : une brèche a été ouverte. Ils entrevoient que seule une présentation claire de leur expérience les fera paraître à leur avantage et convaincra de leurs compétences. Accomplir ce travail de fond est plus long et plus difficile que les distraire avec des jeux de rôle. Il n’est pas simple de s’attaquer réellement à l’élitisme qui persiste dans notre École malgré tant de déclarations, et même de sincères efforts.

Analyser sa compétence pour provoquer l’avenir

Lorsque, dans une filière professionnelle, un étudiant arrive au niveau de la licence, c’est que son ambition porte un peu au-delà du point où l’a amené son BTS ou son DUT. Chacun le dit à sa manière, manifestant ses propres appétits : il veut plus d’intérêt, plus d’argent, plus de responsabilités, plus de considération – voire plus d’atouts pour continuer de viser plus. Louables aspirations, mais… concrètement ? Le diplôme même, Bac+3, garantira peut-être l’accessibilité du poste convoité, non son obtention. Entre les deux, il faut convaincre : difficile épreuve de l’entretien, au cours duquel on doit inspirer confiance.

Je leur propose ce raisonnement de bon sens : on sera plus enclin à vous confier des responsabilités que, de fait, vous n’avez jamais exercées , si vous tenez sur ce que vous savez déjà faire un discours qui témoigne de votre sens de ces responsabilités. Autrement dit, si vous savez situer vos actions dans leur contexte ; analyser ce qui se passe autour de vous au-delà de la stricte opération qu’on vous demande d’accomplir – pour adopter justement, par anticipation, le point de vue de celui qui vous demande de l’accomplir.

Élargir le champ du regard ouvre sur la complexité : on ne travaille jamais dans un désert. La moindre donnée dont nous avons besoin pour accomplir notre tâche vient de quelque part, de quelqu’un, par un tel moyen… Avoir « plus de responsabilités » consiste à considérer ces facteurs. L’École permet à un novice d’anticiper ces positions en l’incitant à se poser des questions : pourquoi ma situation de travail est-elle ce qu’elle est ? Quelles sont les causes organisationnelles, managériales, culturelles… de telle difficulté que je rencontre ?

« Prise de tête », soupirent certains… Je les invite à retrouver l’élan de curiosité qui nous animait tous, à 4 ans : « Et pourquoi…? Et pourquoi… ? » La Machine-à-pourquoi : un truc très naturel, qu’il appartient au prof de restaurer plus que d’instaurer.